Paradoxe


Maxime Decout

Qui a peur de l'imitation ?


2017
160 pages
ISBN : 9782707343123
18.00 €


De Montaigne à Perec en passant par La Fontaine, Voltaire ou Stendhal, les plus grands écrivains de notre littérature ont imité d’autres œuvres. Ils ont utilisé, parfois sans le dire, parfois sans en avoir conscience, l’œuvre des autres pour écrire la leur. Car personne n’écrit à partir de rien. Personne ne prend la plume sans avoir à ses côtés un bagage plus ou moins chargé de livres. Une bibliothèque intérieure, parfois partiellement oubliée, parfois bien présente à l’esprit, parfois directement présente à portée de main, ce qui donne la tentation de l’ouvrir. L’imitation est l’un des phénomènes les plus naturels de la création littéraire. Et malgré cela, les écrivains ont souvent ressenti une gêne, une peur diffuse ou une terreur violente à se sentir ainsi dépossédés de leurs propres mots. Écrire sous influence, tremper sa plume dans l’encrier du voisin : de tels gestes menacent les rêves de singularité absolue et d’originalité qui président à notre manière d’évaluer les œuvres.
Comment les écrivains ont-ils réagi à cette peur ? Essayer de répondre à cette question amène à se pencher sur les différents paradoxes que les auteurs ont développés pour résoudre l’antagonisme qui oppose l’imitation et l’invention. Ils ont cherché à nous prouver qu’on pouvait guérir l’imitation par l’imitation, penser une imitation sans modèle ou devenir inimitable en imitant.
La peur de l’imitation conduit ainsi à sonder les mystères de la création, à s’interroger sur les notions d’originalité et d’identité, à percevoir l’aspect collectif, pluriel, de toute écriture, sans céder aux illusions du génie et de l’inédit. Plus largement, l’angoisse de l’imitation renvoie à la question fondamentale de la littérature, celle qui se pose aux auteurs, aux éditeurs et aux lecteurs : qu’est-ce qui est spécifique dans mon œuvre ? qu’a-t-elle à dire en propre sur le monde, sur Moi et les autres ? qu’apporte-t-elle en regard d’une histoire littéraire déjà copieuse et où tout pourrait déjà avoir été dit ?

ISBN
PDF : 9782707343147
ePub : 9782707343130

Prix : 12.99 €

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Laurent Lemire, Livres Hebdo, vendredi 16 décembre 2016

Pourquoi les écrivains ont-ils peur de l’imitation ? Réponses éclairantes et stimulantes de Maxime Decout

 Les questions abordées dans cet essai sont au cœur même de la littérature, de la création littéraire. Elles nous renvoient aussi à l’actualité au travers des récurrentes affaires de plagiat. Il s’agit de l’imitation. Maxime Decout (université Lille-3 Charles-de-Gaule) ne traite pas uniquement de l’imitation, mais de la peur qu’elle engendre chez les écrivains. Cette angoisse mimétique est au centre de la démarche littéraire qui voudrait n’obéir qu’à la seule injonction de l’originalité. Mais comment créer sans se nourrir de ses lectures ? Dire n’est-il pas redire ? Auteur d’un précédent essai sur la mauvaise foi dans les lettres (Minuit, 2015), Maxime Decout évoque avec justesse « le problème du degré de conscience de la littérature devant ce qu’elle est souvent (une pratique mimétique) et devant ce qu’elle voudrait être (une originalité sans précédent) ».
Devant le fait qu’il ne peut être toujours en « Rimbaldie », le pays du génie, de la « nouveauté sans exemple », l’auteur compose. Flaubert, Stendhal, Proust, Malcolm Lowry, Sartre, Aragon, Valéry, Perec et tant d’autres ont écrit à l’ombre des autres. Lautréamont lui-même, météore de la singularité, a mis ses pas dans les traces d’autrui pour mieux les piétiner.
Avec une belle énergie et le sens de la formule, Maxime Decout reprend le dossier à son origine, en se focalisant sur le domaine français. Il explique que la peur de réécrire les autres, de plagier malgré soi, est assez récente. De la Renaissance au XVIIe siècle, on imitait sans vergogne. Montaigne ne s’en cachait guère tout en affirmant son style. « Qu’on voie, en ce que j’emprunte, si j’ai su choisir de quoi rehausser mon propos. » Avec les Lumières, la Révolution et l’apparition du droit d’auteur, les choses ont changé. Le mimétisme littéraire fit craindre pour l’originalité. Proust aborda le problème en commençant par le pastiche, en traitant le mal par le mal, avant de tracer sa route. D’autres choisirent les écritures blanches comme Camus ou Modiano. Maxime Decout donne de nombreux exemples de cette crainte dans ce « voyage où les mots ne sont plus à personne, où les plumes s’échangent, se prêtent, où on les accapare et se les approprie ».
Cette peur de réécrire les autres ne justifie en aucun cas le plagiat. « Car l’imitation, contrairement au plagiat, n’est pas un cas de conscience. Elle est un phénomène de la conscience. » Tout écrivain se nourrit de ses lectures, de même que tout musicien entend ses prédécesseurs. La musique des mots flotte forcément dans son esprit lorsqu’il écrit. Mais c’est en imitant tout en se défiant de cette imitation que l’auteur offre ce qui lui est propre. L’imitation est un passager clandestin et tous les auteurs n’ont pas à son égard le même rapport, souligne Maxime Decout. Il distingue l’érudit, le pédant, le copiste, le faussaire ou le plagiaire. Mais celui qui prétend n’avoir jamais cédé « à l’alcool capiteux et affolant de l’imitation », à ruser avec elle, à se faire des frissons mimétiques pour naître soi-même au contact des autres, celui-là n’est pas écrivain.



Lire "Heureux qui comme l'imitateur" de Khalid Lyamlahy dans nonfiction.fr, 9 octobre 2017


Lire "De l'histoire littéraire à l'expérience des trans-subjectivations (avec Maxime Decout)" de Serge Martin dans Résonance générale (n° 9).


 




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