recherche catalogue
 

Toutes les parutions de l'année en cours


Par année

3 juin 2010
Critique 757-758 : Vivement Paris !
Philosophie 106 : L'Individu

6 mai 2010
Critique n° 756

1er avril 2010
Critique n° 755 : Chemins de la liberté
Catalogue 2010

Le 4 mars 2010
Christian Oster, Dans la cathédrale
Critique n° 754 : Le pragmatisme et ses doubles : autour des frères James
Philosophie n° 105

Le 18 février 2010
Clément Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

Le 4 février 2010
Critique n° 752-753 : Du style !

Le 14 janvier 2010
Éric Chevillard, Choir

Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Théâtre
Les Choéphores <i>et</i> Les Euménides

Eschyle
Les Choéphores et Les Euménides
Traduction de Jean et Mayotte Bollack

2009
144 p.
13,50 €
ISBN : 9782707320865
EAN13 : 9782707320865



Le meurtre du grand roi a eu lieu. C'est le sujet d'Agamemnon, la première pièce de la trilogie d’Eschyle que depuis vingt-cinq siècles nous appelons l’Orestie. Lui succèdent les deux pièces réunies dans ce volume, les Choéphores, ou « Les Verseuses de libations », et Les Euménides  ou « Les Bienveillantes ». L’une célèbre la vengeance rituelle d’un meurtre horrible par une exécution scandaleuse, qui demande à son tour une purification : deux enfants tuent leur mère, une reine, et son concubin. Les libations répétées, offrandes ou sacrifices, ne se concilieront pas les morts. L’autre conduit au lent ralliement des puissances souterraines qui défendent les victimes des crimes de sang. L’unité des deux pièces apparaît dans le fait qu’elles appartiennent toutes deux aux suites et aux lourdes conséquences d’un désastre primordial : pourtant elles ont chacune un monde à elle, l’un humain, l’autre divin : elles sont jouables conjointement ou séparément. Leur traduction a pu donner dans le passé des chefs-d'œuvre de pompe ou d’éloquence, mais jamais sans doute la lecture brute des mots et de la métaphore grecque n’a aspiré aussi intensément à rencontrer le théâtre et son ouverture à la modernité, sur le terrain de la langue étrangère. L’alliance se cherche entre le déchiffrement patient de la lettre et l’oralité éclatante de la performance.

Les premières pages

 

 

La revue de presse

John E. Jackson, Le Temps, samedi 6 juin 2009

Une nouvelle traduction du théâtre d'Eschyle, signée Jean et Mayotte Bollack, éclaire le texte et l"étonnante synthèse des âges réalisée par le tragédien grec.

Rien n’est plus grand que L’Orestie. La trilogie d’Eschyle, qui représente le meurtre d’Agamemnon par Clytemnestre à son retour de Troie, puis le meurtre de cette même Clytemnestre par son fils Oreste et enfin le procès au cours duquel celui-ci sera acquitté par Athéna et les Erinyes qui le poursuivaient transformées en «Euménides», c’est-à-dire en figures bienveillantes, formule le mythe d’une naissance de la justice humaine avec une puissance théâtrale que seul Shakespeare, depuis, a su parfois égaler. La densité du vers, la cohérence à la fois implacable et éclatante des images, le sens de l’économie dramatique de ces trois pièces sont tels qu’on en demeure saisi à chaque lecture ou à chaque représentation. Il faut le redire, en ces années où toute mémoire de grandeur se perd: ce sont des œuvres comme celles-là qui font de la littérature un bien indispensable.
Claudel, avec sa force, mais aussi sa vision tendancieuse, en avait proposé en 1920 une version française qui christianisait le texte de manière très sensible. Cela n’empêchait pas des réussites, comme celle qui prête au Veilleur qu’on entend dans le prologue de l’Agamemnon ces paroles: «Un bœuf/est dessus ma langue» pour dire combien il tremblait de parler. Paul Mazon, lui, traduisant le texte pour les Belles Lettres, visait à une clarté qu’il réussissait à trouver, quitte à prêter à la langue d’Eschyle un poli qui n’est pas le sien.
Jean Bollack, lui, ayant travaillé toute sa vie sur ces œuvres, dont il a fourni un commentaire colossal, a une autre visée, celle de rendre au grec d’Eschyle la mystérieuse étrangeté qui est la sienne. Ne craignant pas l’obscurité, la traduction qu’il propose aujour­d’hui des Choéphores et des Euménides réalisée avec la collaboration de sa femme Mayotte sait allier précision et efficacité. Ainsi par exemple de cette réplique du Chœur, dans le «kommos», la longue plainte adressée aux dieux :

Grandes Moires, qu’au nom
de Zeus
S’accomplisse la justice sur cette voie
où elle se renverse;
Contre une parole de haine,
que s’achève la parole
De la haine! Réclamant son dû,
Justice crie fort:
«Coup pour coup, que le meurtre
paye le meurtre
Par un meurtre, il a agi, il subira.»
Le mot qui le dit est trois fois
ancestral.

Comme il le dit dans sa préface, la traduction de Bollack, appuyée sur une analyse philologique de plusieurs décennies, est tributaire d’une vision, qui aide à la compréhension de la trilogie: «Oreste, quand il se rend à Athènes, où Athéna se rend aussi en rentrant de Troie - il l’y attend –, a parcouru le monde entier sur le conseil de son dieu, à la recherche de contacts humains. C’est comme s’il s’était humanisé dans la société, s’il y était devenu l’homme par excellence, l’exilé éternel. Les Erinyes l’ont suivi à la trace, elles ne le lâchent pas. Mais, sur ce parcours, elles s’acclimatent à la nature humaine, à leur tour et de leur propre chef […]. C’est dire que les Erinyes suivent par étapes toute une évolution. ­Elles prennent conscience de ce qu’elles sont originairement dans l’ordre théogonique et de ce qu’elles devront être à présent, dans l’ordre des valeurs de la cité. Ce n’est donc ni l’institution, le tribunal de l’Aréopage, ni les normes incarnées par les autorités judiciaires qu’Eschyle se serait chargé de présenter à son public, mais le spectacle prodigieux d’une synthèse gigantesque entre les âges.» Une telle manière de voir renouvelle notre compréhension. Elle éclaire la traduction.

En savoir plus...

Samuel Beckett,
Fin de partie

Eric Chevillard
Robert Linhart
Laurent Mauvignier
Christian Oster
Alain Robbet-Grillet,
Les Gommes
La Jalousie
Critique 651-52 : Alain Robbe-Grillet
Claude Simon
La Route des Flandres
Jean-Philippe Toussaint
La Mélancolie de Zidane
Antoine Volodine

Le 2 septembre 2010
Critique, n° 759-760 : À quoi pense l’art contemporain ?

Le 9 septembre 2010
Yves Ravey, Enlèvement avec rançon
Philosophie n° 107

Le 16 septembre 2010
Antoine Volodine, Le Port intérieur
Bernard-Marie Koltès, Une part de ma vie Entretiens 1983-1989

Le 23 septembre 2010
Jean Echenoz, Des éclairs
Jean Echenoz, Nous trois

Le 7 octobre
Eugène Savitzkaya, Marin mon cœur

Le 14 octobre
Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d'auteur ?
Pierre Bayard, L’Affaire du chien des Baskerville
Georges Didi-Huberman, Remontages du temps subi - LŒil de l'histoire 2
Critique n° 761

© Les Éditions de Minuit
Site édité avec le concours du Centre national du livre
www.culture.fr/