La première édition de La Question d'Henri Alleg fut achevée d'imprimer le 12 février 1958. Des journaux qui avaient signalé l'importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l'après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d'instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une partie de la septième réédition de La Question. Le récit d'Alleg a été perçu aussitôt comme emblématique par sa brièveté même, son style nu, sa sécheresse de procès-verbal qui dénonçait nommément les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri maîtrisé a rendu celui-ci d'autant plus insupportable : l'horreur était dite sur le ton des classiques. La Question fut une météorite dont l'impact fit tressaillir des consciences bien au-delà des " chers professeurs ", des intellectuels et des militants. A l'instar de J'accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps.
Jean-Pierre Rioux, " La torture au cœur de la République ", Le Monde, 26-27 avril 1998
Les
premières pages
Extrait d'un entretien d'Henri Alleg avec Brigitte Aubonnet publié dans la revue Encres vagabondes, printemps 1994. Dans quelles conditions écriviez-vous ? J'ai commencé à écrire sur des feuilles de papier d'écolier. Il fallait à la fois écrire et donner l'impression au gardien que ce que j'écrivais n'avait rien à voir avec ce qu'il pouvait imaginer. Ça n'avait jamais été fait dans cette prison. Quand j'écrivais, assis sur ma paillasse, ils pouvaient penser que j'écrivais à ma famille ou à mon avocat. Mais il ne fallait pas que ça dure toute la journée. Il ne fallait pas que j'accumule trop de papiers parce qu'il y avait des fouilles constamment. Il fallait avoir les papiers sur soi, en permanence. J'écrivais sur une feuille double de papier d'écolier. On en avait pour envoyer un complément de dossier à son avocat. Par précaution, je commençais par " Cher Maître, voici des détails supplémentaires qui peuvent vous aider pour construire votre dossier… " Ensuite, je numérotais les feuilles. Lorsque j'avais au maximum huit pages d'écrites, je m'arrêtais. Je ne voulais pas accumuler des papiers que je n'aurais pas pu sortir. Pour les sortir, il fallait encore déjouer la vigilance du surveillant. Je me baladais donc avec mes feuilles de papier d'écolier pliées dans ma chaussure ou plutôt dans mes pantoufles puisqu'en prison on est tous en pantoufles ou dans mes sous-vêtements. Quand j'étais appelé au parloir des avocats, je me renseignais toujours auprès de ceux qui revenaient pour savoir qui était le gardien en poste. On les connaissait peu à peu. Je suis resté trois ans et demi en prison à Alger et environ un an et demi en France. Donc, quand on savait que c'était un type très " vache " et très soupçonneux, il valait mieux ne rien tenter. Quand c'était un autre, on savait qu'il s'en foutait un peu, ça marchait. Peu à peu, j'ai écrit ces papiers et ils ont été évacués de la prison. Ça a pris quand même à peu près trois mois parce qu'on n'avait pas des avocats toutes les semaines. Il pouvait se passer trois semaines, un mois sans qu'il n'y ait personne. Quelques amis voyaient d'autres avocats et donc peu à peu tous les papiers sont arrivés à Paris où la décision a été prise de publier ce témoignage. Pour l'écriture elle-même, il y avait beaucoup de difficultés pratiques mais il y avait aussi des difficultés d'ordre moral. Je savais qu'en écrivant cela, si tout se passait bien, il risquait d'y avoir des représailles, ensuite, sur toute la prison. Qu'est-ce qui vous soutenait pour continuer à écrire ? La nuit, l'idée constante qu'il allait y avoir des condamnations à mort le lendemain matin ne me donnait pas beaucoup envie d'écrire. Je le faisais parce que je pensais que c'était une nécessité de faire connaître les méthodes utilisées en Algérie. Il arriverait ce qu'il arriverait mais au moins j'aurais pu dire et faire quelque chose d'utile pour ceux qui risquaient encore d'être arrêtés et de subir la torture. Dans la mesure où ça se connaîtrait en France, peut-être on arriverait à retenir un peu les tortionnaires. Donc, c'est un peu en me forçant moi-même que j'ai écrit. Je n'avais pas la tête calme et reposée d'un écrivain qui se dit : je dois écrire le mieux possible. Chemin faisant, je voulais que ce texte soit le plus direct possible sans fioritures, le plus objectif possible, avec le maximum de détails pour que, s'il y avait des recoupements à faire sur la véracité des faits, on puisse immédiatement se rendre compte que ce qui avait été écrit correspondait à l'exacte vérité.
La revue de presse
Jean-Pierre Rioux (Le Monde, 26 avril 1998)
La torture au cœur de la République Il y a quarante ans, la police saisissait La Question, d'Henri Alleg, témoignage accablant et précis des sévices infligés par l"armée en Algérie. L’ouvrage toucha la conscience des Français, en leur rappelant ce qu’il en coûte à un pays de piétiner les valeurs qui fondent la démocratie. La première édition de La Question, d’Henri Alleg, fut achevée d’imprimer le 12 février 1958, tirée à 5 000 exemplaires puis mise en vente le 18. De larges extraits furent publiés dans la presse ou diffusés sous forme militante sur les lieux de travail et dans les universités, les libraires furent pris d’assaut, des affichettes couvrirent Paris pour dire son importance. Des journaux qui avaient signalé l’importance du texte, L’Humanité en tête, puis France Observateur, L’Express, Témoignage et documents, furent saisis. Tandis que restaient muettes la petite télévision et les radios aux ordres, un petit paquet d’imprimés, une fois de plus, a fait l’événement. Comme au temps de Voltaire, de Hugo ou de Zola. Comme quinze ans auparavant, quand des plumes clandestines s’étaient mises à décrire la machine totalitaire ensanglantant les corps et souillant les âmes. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l’après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d’instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une partie de la septième réédition de La Question, qui devait porter sa diffusion à 72 000 exemplaires - chiffre tout à fait exceptionnel à l’époque. Chez les brocheurs et l’imprimeur, chez le diffuseur et l’éditeur, chez des librairies de Paris et de province (à Bordeaux, notamment, où la police fut particulièrement pugnace...), ils enlevèrent sans phrases environ 8 000 de ces petits livres marqués à cette étoile de Minuit qui avait éclairé dès 1942 la nuit de l’Occupation avec Le Silence de la mer, de Vercors. Le patron des Editions de Minuit, Jérôme Lindon, Jérôme-le-Juste, l’homme qui avait pris en charge la meilleure part de la littérature de Résistance, qui avait distingué Bataille et Beckett, Fourastié et Morin, qui était en passe d’imposer le nouveau roman de Butor ou de Robbe-Grillet, cet homme-là était menacé d’inculpation pour « participation à une entreprise de démoralisation de l’armée, ayant pour objet de nuire à !a défense nationale ». II avait diffusé la prose de l’ennemi et donc attenté à la sécurité de la France. Ce raisonnement simple fut poussé à son terme à l’ultime moment d’impuissance de la IVe République, dont les politiques ont échoué à régler l’affaire d’Algérie et qui, surtout, ne « tiennent » plus les militaires. Le 8 février 1958, l’aviation tricolore, en piqué impeccable de ses chasseurs-bombardiers, a rayé de la carte le village-frontière de Sakiet Sidi Youssef, en Tunisie. Pour aider à surmonter l’émotion causée en France et dans le monde par ce nouvel Oradour, détruire un livre pouvait faire l’affaire, croyait-on en haut lieu, et contribuer à requinquer une raison d’État si mal en point. Cette saisie d’un livre – pour les journaux « ennemis de la France », c’était monnaie assez courante – est la première qui ait été perpétrée depuis le début de la « guerre sans nom », depuis cette Toussaint de 1954 qui annonçait tant d’« événements » et fit tenter d’imposer le maintien du vieil ordre français. Elle fut, à vrai dire, un coup d’épée dans l’eau plus qu’une démonstration de force, car La Question avait déjà fait son œuvre en quelques semaines. Son interdiction passa donc plutôt pour l’ultime aveu de faiblesse du gouvernement aux abois d’une République à genoux. Une absurdité, dira Mauriac. Une preuve supplémentaire de la véracité des faits rapportés par Alleg. « Le dernier et le plus flagrant témoignage de l’imbécillité du pouvoir : faiblesse d’un exécutif enchaîné au proconsulat d’Alger ; sottise d’une politique qui s’épuise à nier la réalité », ajoutera Jean-Marie Domenach. Rien n’y fera désormais, pas même l’arrivée d’un autre pouvoir après le 13 mai 1958 et l’installation d’une nouvelle République : la torture d’Algérie hante la France ; cette souillure des droits de l’homme conforte, chez les Français comme chez de Gaulle, l’idée d’en finir au plus vite de traîner le « boulet algérien » et de tourner la page. La Question fut donc traduite et commentée dans le monde entier, beaucoup lue en France à la barbe des flics, car ce qu’elle relatait était imprescriptible. Dès le 27 février 1958, dans son « Bloc-notes » de L’Express, Mauriac avait bien vu que le « témoignage sobre » d’Henri Alleg avait le « ton neutre de l’Histoire » et qu’en tant que tel il rehaussait tous les arguments de la « bataille de l’écrit », qu’il légitimait plus encore l’engagement des intellectuels hostiles à la guerre. Mais le livre ne fut pas oublié après le 13 mai, car sa force même dépassait les circonstances fatales qui avaient provoqué son cri. Une phrase de Sartre extraite de son article, « Une victoire », publié par L’Express – aussitôt saisi, mais le texte circula sous le manteau –, avait été judicieusement ajoutée en bandeau sur les premiers tirages : Alleg, écrivait-il, a payé « le prix le plus élevé pour le simple droit de rester un homme ». Ainsi La Question entra-t-elle d’un coup, toute palpitante, dans la conscience morale universelle. Sa nouvelle édition, décidée par Lindon en octobre 1959, sera certes saisie derechef le 17 novembre. Mais l’éditeur ne sera pas plus poursuivi en 1959 qu’en 1958. Car si les censeurs sont tombés dans le piège du ridicule en saisissant toujours à contre-temps et à contre-effet, la justice a bien flairé le piège politique tendu par la poignée de Français qui dénonçaient l’usage de la torture en Algérie : faire un procès à Lindon, ajouter la rédaction de La Question aux charges dont Alleg était déjà accablé, reviendrait à faire davantage enquêter sur la véracité des faits dénoncés, à instruire les autres plaintes déposées pour torture, puis à tenir des procès qui serviraient de tribune trop commode aux dénonciateurs. C’est pourquoi le juge militaire qui instruisait l’affaire se garda bien de jamais convoquer Lindon et de clore l’instruction ouverte contre les tortionnaires. Alleg, par contre, fut bel et bien inculpé pour « reconstitution de ligue dissoute – le Parti communiste algérien – et atteinte à la sûreté de l’État », puis condamné au maximum, à Alger même, en juin 1960 : dix ans de prison. Il s’évada de la centrale de Rennes en octobre 1961. Il déjoua une chasse à l’homme qui lui valut alors les honneurs médiatiques dus à tout « ennemi public n°1 », gagna la Suisse puis la Tchécoslovaquie. Qu’a-t-on lu de si dangereux dans les cent onze petites pages, imprimées large, de La Question ? Non pas tant que des paras en uniforme français avaient humilié, insulté, battu, déshabillé et martyrisé un prisonnier, Henri Alleg, arrêté le 12 juin 1957, passé froidement leur suspect à la « gégène » et à la « baignoire » dans l’immeuble en construction d’El-Biar utilisé par le 1er RCP pour ses interrogatoires. Des sévices de ce genre avaient déjà été révélés et dénoncés, en Algérie comme en métropole. Au printemps 1957, tandis que la police locale et les paras du général Massu avaient engagé la « bataille d’Alger » qui libérera la ville du terrorisme du FNL, liquidera ses chefs et réduira ses soutiens logistiques, une campagne de presse a sonné le glas. Pour obtenir à tout prix et d’urgence du renseignement sur les combattants et les terroristes algériens dans une ville quadrillée et passée au peigne fin, répétèrent Le Monde et L’Humanité, L’Express, France Observateur ou Témoignage chrétien, les forces de l’ordre torturent systématiquement des suspects, dans le silence complice des autorités civiles. En vertu des pouvoirs spéciaux, et en plein accord tacite avec le ministre résident, le socialiste Robert Lacoste et le gouvernement de Front républicain lui-même, les militaires usent et abusent des pouvoirs civils de police qui leur ont été délégués : ils ont pris tout pouvoir pour piétiner les principes en broyant les corps. La torture s’inscrit au cœur de la République, sa gangrène pourrit la démocratie et promet des lendemains totalitaires. Hubert Beuve-Méry, dans Le Monde du 13 mars 1957, a averti : « Dès maintenant, les Français doivent savoir qu’ils n’ont plus tout à fait le droit de condamner dans les mêmes termes qu’il y a dix ans les destructions d’Oradour et les tortionnaires de la Gestapo. » En avril, Esprit a publié « La paix des Nementchas », le terrible témoignage de Robert Bonnaud. D’autres appelés, souvent chrétiens ou communistes, ont témoigné. René Capitant a protesté contre la mort sous la torture de son ancien étudiant, Me Ali Boumendjel. Vercors a repris du service pour décrire, dans Sur ce rivage, un ancien déporté devenu tortionnaire. Puis, à la fin de 1957, les séquelles du terrible été d’Alger ont encore sauté au visage. Des comités d’urgence ont appelé à la conscience et au droit. Le 2 décembre, la Sorbonne s’est honorée en faisant docteur ès sciences un jeune mathématicien communiste de l’université d’Alger, Maurice Audin, « disparu » le 21 juin après avoir été « travaillé » par les hommes de Massu. Alleg l’a croisé dans les antichambres des salles de torture, aussi pantelant que lui : il ne sera pas liquidé vraisemblablement parce que, déjà, l’« affaire Audin » faisait trop de vagues, mais en revanche son témoignage a conforté ceux qui n’avaient pas accepté la disparition de l’universitaire. Le comité Audin, fondé en novembre et animé par Pierre Vidal-Naquet, va trouver, en effet, dans la quête du cadavre égaré d’Audin une vérité similaire qui claquera dans L’Affaire Audin, publié le 12 mai 1958, et à laquelle La Question avait apporté in extremis son énorme renfort : des policiers, des paras mais aussi d’autres éléments de l’armée chargés de la « protection urbaine » ou du renseignement, des harkis (les « bleus de chauffe ») chargés de surveillances dans la Casbah d’Alger, et même certains activistes civils entêtés de contre-terrorisme et de défense de la civilisation chrétienne, règnent impunément dans leurs propres centres d’interrogatoires, y arrachent du renseignement sous la torture et parfois même liquident certains de leurs prisonniers après usage. Déjà sont signalés les premiers cas de torture en métropole sur des collecteurs de fonds du FLN, à Lyon, Saint-Nazaire, Argenteuil ou Versailles. Une résistance à la torture, encore minuscule, informelle, écartée des grands médias, a aussitôt senti qu’elle devait prendre forme. Elle est assez vivante pour être autre chose que l’ombre portée de l’action des communistes mobilisant leurs forces et leur presse pour soutenir leurs camarades français et qui ont rejoint ou soutenu le F..N. Surtout, elle contribue à dévoiler les faiblesses internes d’institutions majeures de la République, l’armée et la police. Elle met à jour la cascade des défaillances politiques et des lâchetés individuelles des responsables civils qui ont couvert cette ruine des principes de l’État de droit et qui, en retour, arment déjà dans l’ombre une extrême droite algéroise et métropolitaine prête à renverser le régime après avoir fait bâillonner la presse et la pensée. Le récit d’Alleg a été perçu aussitôt comme emblématique de ce refus par sa brièveté même, son style nu, sa sécheresse de procès-verbal qui dénonçait nommément les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri maîtrisé a rendu celui-ci d’autant plus insupportable : l’horreur était dite sur le ton des classiques. Alleg, communiste entré en clandestinité, ancien patron d’Alger républicain, tombé dans une souricière installée au domicile même d’Audin, a eu la force de n’y pas dire un mot de propagande communiste, pour mieux tendre à la conscience métropolitaine le miroir des principes bafoués en son nom. Ce fut bien, rappelle Pierre Vidal-Naquet, « le premier livre qui a atteint un autre public que celui des militants convaincus » grâce à la véracité humaine de son écriture, aussi éloignée de l’exagération toujours possible du témoignage isolé que de l’atténuation du « style » léché. Il s’est imposé parce que ce récit de tortures était d’abord la transcription de valeurs en souffrance. Il a pris rang dans la chaîne des œuvres indispensables : celle qui disent tout simplement qu’on en vient à cultiver la peur et la mort dès qu’on a piétiné les valeurs fondatrices. Qu’importent, au fond, quarante ans plus tard, les péripéties de la bataille politique et de la campagne d’opinion qu’il favorisa et dont les historiens, depuis lors, ont fait le récit minutieux. La Question fut un météorite dont l’impact fit tressaillir des consciences bien au-delà des « chers professeurs », des intellectuels et des militants. À l’instar de J’accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps. Il est toujours au catalogue de Minuit. Pour 59 francs. « La première édition de La Question, d’Henri Alleg fut achevée d’imprimer le 12 février 1958. Des journaux qui avaient signalé l’importance du texte furent saisis. Quatre semaines plus tard, le jeudi 27 mars 1958 dans l’après-midi, les hommes du commissaire divisionnaire Mathieu, agissant sur commission rogatoire du commandant Giraud, juge d’instruction auprès du tribunal des forces armées de Paris, saisirent une partie de la septième réédition de La Question. Le récit d’Alleg a été perçu aussitôt comme emblématique par sa brièveté même, son style nu, sa sécheresse de procès-verbal qui dénonçait nommément les tortionnaires sous des initiales qui ne trompaient personne. Sa tension interne de cri maîtrisé a rendu celui-ci d’autant plus insupportable : l’horreur était dite sur le ton des classiques. La question fut un météorite dont l’impact fit tressaillir des consciences bien au-delà des “ chers professeurs ”, des intellectuels et des militants. À l’instar de J’accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps. » Jean-Pierre Rioux, « La torture au cœur de la République »
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