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Critique 757-758 : Vivement Paris !
Philosophie 106 : L'Individu

6 mai 2010
Critique n° 756

1er avril 2010
Critique n° 755 : Chemins de la liberté
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Le 4 mars 2010
Christian Oster, Dans la cathédrale
Critique n° 754 : Le pragmatisme et ses doubles : autour des frères James
Philosophie n° 105

Le 18 février 2010
Clément Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

Le 4 février 2010
Critique n° 752-753 : Du style !

Le 14 janvier 2010
Éric Chevillard, Choir

Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Critique 
Critique n° 721-722 : Pascal Quignard

Revue Critique
Critique n° 721-722 : Pascal Quignard
Numéro dirigé par Fabienne Durand-Bogaert et Yves Hersant

2007
128 pages
12 €
ISBN : 9782707319982
EAN13 : 9782707319982



Pascal Quignard : Qu’est-ce qu’un littéraire?

 

Laurent Nunez : Un auteur autoritaire ?

 

Jacqueline Risset : Petits fragments de paradis   

             Pascal Quignard, Les Paradisiaques                                    

                            D’une gêne technique à l’égard des fragments : essai sur

                           Jean de La Bruyère                        

 

Yves Hersant : Le latin sur le bout de la langue

 

Olivier Renault : L’éclat bouleversant de l’attaque

 

Georges Kliebenstein : Ce que dit la revenante

Pascal Quignard,  Villa Amalia          

 

Fabienne Durand-Bogaert : Qui bene vestigat

 

Philippe Chardin : Les graveurs ont l’humour grave

 

Laurence Werner David : La mémoire la plus lointaine

Pascal Quignard, Dernier royaume (5 volumes : Les Ombres errantes,

             Sur le Jadis, Abîmes,  Les Paradisiaques, Sordidissimes)

 

Yue Zhuo : Le roman, lieu sans terre

 

Chantal Lapeyre-Desmaison : Éloge de l’aube

« Celui qui silence », a-t-on dit de Félix Fénéon. C’est de Pascal Quignard qu’aujourd’hui on devrait le dire. Pas seulement parce qu’il faut prêter l’oreille pour entendre cette voix singulière, issue d’un homme qui littérairement (et socialement) se tient à la marge d’un monde sonorisé et bavard ; pas seulement parce qu’il a éprouvé physiquement, dans la souffrance d’expériences intimes, l’incomplétude de la parole et la défaillance du langage. Mais surtout parce que, chez l’auteur de Vie secrète, la taciturnité est au principe de l’écriture. «La voix dans le livre est retraite dans un désir de se taire ». C’est dans la littérature que la parole touche au silence, en même temps que  s’y inscrit ce que l’oralité ne peut pas dire. Que faire pour continuer à se taire sans s’exempter du langage ? À cette question paradoxale et fondatrice, une seule réponse : lire, écrire, traduire. Ce sont là, du reste, trois déclinaisons d’une même posture, trois manières de se déprendre de soi ; dans l’allégresse ou l’angoisse, c’est selon.

Ainsi le silence et les incessantes lectures, qui conduisent certains au désœuvrement, sont-ils au contraire chez Pascal Quignard les moteurs d’une écriture proliférante. Le sait-on assez ? L’auteur de Tous les matins du monde (1991) et des Ombres errantes (prix Goncourt, 2002) a publié à ce jour une cinquantaine d’ouvrages. De ses premiers travaux sur Sacher-Masoch, Lycophron et Maurice Scève (La Parole de la Délie, dont Louis-René des Forêts fut le premier admirateur) jusqu’au récent et sidérant work in progress intitulé Dernier royaume, en passant par Le Lecteur (1976), Le Sexe et l’effroi (1994), Rhétorique spéculative (1995) ou La Haine de la musique (1996), il a offert d’étonnants « morceaux de silence » où la gravité n’exclut pas l’espièglerie. Chemin faisant, il a vagabondé dans le Japon médiéval et la Rome d’Auguste, rêvé sur Georges de La Tour et Sainte Colombe, enquêté sur les Inuits ou les jansénistes de Port-Royal. Aux romans (tels Carus en 1979, Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia en 1984, Le Salon du Wurtemberg en1986, Les Escaliers de Chambord en 1989… jusqu’à Villa Amalia publié l’année dernière), il a mêlé les contes, forme privilégiée à ses yeux parce qu’elle renvoie à la nuit de l'enfance et des mythes, ainsi que les Petits traités spéculatifs qui procèdent « à sauts et à gambades ». Comme un lettré de la Renaissance, il a exalté la varietas. Comme un compositeur baroque, improvisant sur une basse continue, il a tissé de multiples variations sur quelques thèmes omniprésents : le sexe et la mort, la sauvagerie et le secret, la naissance et les états qui la précèdent. Toujours à l’écart des constructions systématiques comme des genres littéraires préétablis : récit et spéculation s’entrelacent, le traité se fait poésie, l’essai accueille le journal intime.

Intempestive et inactuelle, sa manière déjoue l’attente et privilégie la surprise ; en témoigne son goût pour l’aphorisme et le paradoxe, les apologues et les chutes énigmatiques, les étymologies fabuleuses et le trivial des « sordidissimes ». Des Petits traités et de Dernier royaume, où triomphe son art de l’écriture fragmentaire, Pascal Quignard fait soudain jaillir des fusées baudelairiennes ou des assertions épastrouillantes – mais que ne dicte aucune prétention à la véridicité : « Que celui qui me lit », prévient-il dans La Leçon de musique, « ait constamment à l’esprit que la vérité ne m’éclaire pas et que l’appétit de dire ou celui de penser ne lui sont peut-être jamais tout à fait soumis ». Dans une langue à la fois neuve et nourrie de mots anciens, expansive et elliptique, il bouscule, interroge et déconcerte; comme Albucius, dont il a fait un de ses personnages, Pascal Quignard est un inquietator.

À cet écrivain subtil – qui n’aime pas se dire « écrivain », mais qui ne devrait pas récuser « subtil » –, Critique rend ici un hommage qui s’est voulu discret. Le propos n’était pas d’écraser Pascal Quignard sous une rhétorique de l’éloge, bien opposée à celle de ce redécouvreur de Fronton. Ni de trop parer son œuvre de prestigieuses références, qui pourraient pourtant se justifier (Bataille, Blanchot, Lacan…). Mais d’enrichir si peu que ce soit, grâce à lui et pour lui, la petite communauté de « ceux qui aiment ardemment les livres ». Ceux-là « s’entre-lisent dans le silence, à la lueur des chandelles, dans le recoin de leur bibliothèque tandis que la classe des guerriers s’entretue avec fracas sur les champs de bataille et que celle des marchands s’entre-dévore en criaillant. »

 

Fabienne Durand-Bogaert et Yves Hersant

 



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