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3 juin 2010
Critique 757-758 : Vivement Paris !
Philosophie 106 : L'Individu

6 mai 2010
Critique n° 756

1er avril 2010
Critique n° 755 : Chemins de la liberté
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Le 4 mars 2010
Christian Oster, Dans la cathédrale
Critique n° 754 : Le pragmatisme et ses doubles : autour des frères James
Philosophie n° 105

Le 18 février 2010
Clément Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

Le 4 février 2010
Critique n° 752-753 : Du style !

Le 14 janvier 2010
Éric Chevillard, Choir

Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Le sens commun
Le Portrait du roi

Louis Marin
Le Portrait du roi

1981
Collection « Le sens commun », 304 pages
24 €
ISBN : 2707305987
EAN13 : 9782707305985



Cet ouvrage est une réflexion historique et philosophique sur le pouvoir en général et le pouvoir politique en particulier lorsqu’il s’exerce à son plus haut régime en s’affirmant absolu. D’où le sujet central du livre : Louis XIV ou le roi comme monarque illimité ou plutôt qui se représente tel. D’où les questions non moins centrales parce que toujours actuelles qu’il pose et auxquelles il tente de répondre : comment le portrait du prince réalise-t-il le miracle permanent de la transsubstantiation d’un individu en monarque ? Comment la représentation légitime-t-elle cette présence dans la loi d’un nom universel et unique ?
En appliquant à des objets aussi divers que l’histoire officielle du roi ou son éloge, la médaille du prince, son palais ou ses divertissements, le modèle théologique du corps eucharistique hérité d’une longue tradition religieuse, politique et juridique de l’Empire et de l’Église, l’auteur montre comment s’institue le fantasme d’un corps unique du prince, comment s’exerce et se reproduit la violence symbolique de son nom propre.
Il montre également comment ce modèle travaille à mettre en question ce qu’il vise à fonder et à légitimer, dans les réflexions de Pascal sur les rapports de la force et de la justice ou sur la légitimité politique de l’autorité royale, le roi présent réellement sous ses espèces représentatives ne trouvant l’absolu de son pouvoir qu’en devenant, en fin de compte, son image, qu’en signant son nom.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

Introduction : Les trois formules
Ouverture : Le roi ou la force justifiée. Commentaires pascaliens

Première entrée : « L’État, c’est moi », ou le récit du roi – Le récit du roi ou comment on écrit son histoire
Intermède : Le discours du flatteur ou l’éloge du roi – Les tactiques du renard – Les stratégies raciniennes

Deuxième entrée : « Ceci est mon corps », ou le roi par sacrement – L’hostie royale : la médaille historique
Intermède : Monnaie royale et portrait princier

Troisième entrée : « Un portrait de César, c’est César », ou le roi dans son cadre – Le roi et son géomètre – Le palais du prince – Le roi magicien ou la fête du prince – Le portrait du roi

Finale : L’usurpateur légitime ou le naufragé roi

Bibliographie

 

La revue de presse

Michel Thévoz (Le Monde, 1981)

« L’image du roi : cette expression même ne fait-elle pas pléonasme ? Le roi est-il rien d’autre que son image ? Est-il rien d’autre que l’effet de représentation qui, précisément, le fait roi ? Telle est la thèse que l’auteur poursuit dans toutes ses circonvolutions imaginaires. »

Mona Ozouf (Le Nouvel Observateur, 26 décembre 1981)


L’ordonnateur des pompes princières
Nos monarques étaient des virtuoses de l’étiquette, ce « jeu sérieux et mélancolique ».
 
« (…) Un roi a donc à faire le roi. Métier de chien, sans morte-saison ni jours fériés. Deux livres en même temps racontent comment l’exerçait celui de nos rois qui a mis le plus d’esprit de système et attaché le plus de magnificence à manifester ce qui le séparait des autres hommes. Jean-Marie Apostolidès décrit au long du grand règne un cérémonial follement fastueux qui peu à peu s’ankylose. Louis Marin répertorie les objets qui convergent vers la gloire royale et coud ensemble de brillantes explications de textes et d’images. (…) Plus historique pour le premier, plus sémiologique pour le second, les deux livres ont le même propos : dire comment le roi exhibe son corps immortel dans son corps mortel et obtient en retour l’amoureuse ferveur de ses sujets.
De ce théâtre nul n’a été meilleur ordonnateur que Louis XIV, même si l’on admet avec Jean-Marie Apostolidès que, vers la fin du règne, saisi et raidi dans ses propres engrenages, il se fait machine plus que machiniste. Le vieux tournoi chevaleresque, Henri IV en gardait encore l’esprit rude quand il proposait au duc de Guise un affrontement personnel, “ malgré l’inégalité des rangs ”. En 1662, un tel défi est devenu inimaginable, le tournoi s’est mué en carrousel. Louis le Grand en imperator emmène le quadrille des Romains, il occupe le centre de la scène, la lumière est son arme, le soleil sur son bouclier, chacun de ses mouvements entraîne les peuplades improbables, Persans, Turcs, Indiens, sauvages d’Amérique, qui gravitent autour de lui. Le combat est une parade, l’issue ne fait de doute pour personne. Comme le soleil disperse les nuées, pour vaincre Louis n’a qu’à paraître.
La même logique du prodige est à l’œuvre dans les fêtes de cour : les parterres s’embrasent, les bosquets s’enguirlandent, les collations, comme chez Dame Tartine, surgissent sur les tables soudain dressées. Une armée de serviteurs invisibles – ce rêve de tout pouvoir, même domestique – a échafaudé en dansant les pyramides de nougat, les châteaux de massepain. Le roi escamote la trace du travail et du temps qu’il faut ordinairement pour produire les choses. C’est la définition même du miracle : comme Dieu, par la simple immédiateté de sa présence, le roi est capable de l’accomplir.
Dans ces conditions, que peuvent espérer les simples mortels, sinon accrocher un éclat de cette gloire surnaturelle ? Louis Marin raconte la réception à l’Académie de l’abbé Colbert, second fils du ministre. L’abbé devrait normalement faire l’éloge de l’illustre Assemblée, mais comme elle est institution du roi, c’est vers le roi que monte la louange. Quant à Racine, qui devrait faire l’éloge du récipiendaire, il aperçoit surtout en lui “ le zèle pour le Prince ”, marque de fabrique de la famille Colbert. Les deux discours sont bien d’accord : être serviteur du roi est le seul trait qui puisse désigner un homme à l’admiration publique. Un siècle plus tard, et rien ne fait mieux voir l’eau qui a coulé sous les ponts, le fabricateur attitré d’éloges, Thomas, s’excuse presque d’avoir à louer Maurice, prince de Saxe : “ Je ne puis point dissimuler qu’il était né du sang des rois. ” Ce n’est désormais plus aux rois mais aux grands hommes que va l’hommage de la patrie reconnaissante.
Le vent a-t-il tourné si vite ? Dans l’escalade d’ostentation sacrale que décrivent Apostolidès et Marin, devait déjà remuer, sourdement à l’œuvre, le sentiment que tout roi a besoin de la consécration des hommes. L’entassement des emblèmes, des couronnes et des gloires ne pouvait cacher tout à fait ce que dit aussi la fiction des deux corps du roi : qu’être à la fois homme et dieu impose au roi de montrer en lui l’homme. Il est probable, comme l’a senti Michelet, que le peuple adorait dans le roi non tant la dissemblance éclatante mais la défaillante ressemblance : “ Ce qu’il y voit d’humain, loin de s’en choquer, il le remercie. Il croit qu’il en sera plus près de lui, moins fier, moins dur. Il sait gré à Henri IV d’aimer Gabrielle... ”
D’où vient l’intérêt que notre temps porte au roman juridico-politique des deux corps du roi, hier encore curiosité marginale ? Apparemment, nous ne vivons plus sous une autorité dissemblable mais toute semblable à nous, et sans nom : les démocraties n’incarnent le pouvoir dans aucune personne singulière. Mais précisément : nous constatons avec surprise que le pouvoir n’en a pas été affaibli et qu’une coercition anonyme n’est pas forcément plus lâche. Surtout, dans le théâtre démeublé et sur la scène désertée de la représentation royale, nous avons vu réapparaître des Césars, des sauveurs suprêmes, des pères du peuple, des idoles totalitaires, de monstrueuses personnalités qui réclament leur culte, et nous ne pouvons plus désormais, pour contenir leur délire, en appeler à l’autorité supérieure d’un Dieu. Si nous cherchons à percer les secrets de cette étrange royauté classique, boitant entre nature et surnature, corps immortel et corps mortel, c’est pour mieux comprendre, peut-être conjurer, un vertigineux besoin d’incarnation qui n’a toujours pas disparu. »

En savoir plus...

Samuel Beckett,
Fin de partie

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Robert Linhart
Laurent Mauvignier
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Alain Robbet-Grillet,
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La Jalousie
Critique 651-52 : Alain Robbe-Grillet
Claude Simon
La Route des Flandres
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La Mélancolie de Zidane
Antoine Volodine

Le 2 septembre 2010
Critique, n° 759-760 : À quoi pense l’art contemporain ?

Le 9 septembre 2010
Yves Ravey, Enlèvement avec rançon
Philosophie n° 107

Le 16 septembre 2010
Antoine Volodine, Le Port intérieur
Bernard-Marie Koltès, Une part de ma vie Entretiens 1983-1989

Le 23 septembre 2010
Jean Echenoz, Des éclairs
Jean Echenoz, Nous trois

Le 7 octobre
Eugène Savitzkaya, Marin mon cœur

Le 14 octobre
Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d'auteur ?
Pierre Bayard, L’Affaire du chien des Baskerville
Georges Didi-Huberman, Remontages du temps subi - LŒil de l'histoire 2
Critique n° 761

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