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Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
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Documents
Palestine mon pays

Mahmoud Darwich
Palestine mon pays
L’affaire du poème
Avec la participation de Simone Bitton, Ouri Avnéri et Matitiahu Peled.

1988
Collection « Documents », 96 pages
9 €
ISBN : 2.7073.1188.X
EAN13 : 9782707311887



Le 28 avril 1988, quatre mois après le déclenchement de la “ Révolution des pierres ”, dans les territoires occupés, le premier ministre d’Israël, Ytzhak Shamir, montait à la tribune de la Knesset pour dénoncer... un poème :
“ L’expression exacte des objectifs recherchés par les bandes d’assassins organisés sous le paravent de l’OLP, déclare-t-il, vient d’être donnée par l’un de leurs poètes, Mahmoud Darwich, soi-disant ministre de la culture de l’OLP et dont on se demande à quel titre il s’est fait une réputation de modéré... J’aurai pu lire ce poème devant le Parlement, mais je ne veux pas lui accorder l’honneur de figurer dans les archives de la Knesset. ”
L’histoire de ce poème, « Passants parmi les paroles passagères », et de l’énorme tollé qu’il a provoqué en Israël et dans la Diaspora doit être située dans le cadre des rapports complexes existant entre l’État juif et le peuple palestinien.
Ce livre comporte, en dehors du poème lui-même et de deux commentaires rédigés à son propos par Mahmoud Darwich, trois contributions d’auteurs juifs israéliens : Simone Bitton fait l’historique de l’événement et de ses lointaines origines ; Mati Peled se livre à une exégèse linguistique du poème ; quant à Ouri Avnéri, il montre que cette affaire est aussi une illustration de l’arrogance dont tant de prétendus libéraux israéliens font preuve à l’égard des Palestiniens.

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑


Note de l'éditeur

Simone Bitton : « Le poème et la matraque »

Mahmoud Darwich : « Passants parmi des paroles étrangères » – « Notre pays c'est notre pays » – « L'hystérie du poème »

Mati Peled : « Un poème de la colère »

Ouri Avnéri : « L'arrogance de la gauche israélienne »

 

La revue de presse

Pierre Vidal-Naquet (La Croix, 1988)

« C’est un petit livre des Éditions de Minuit. Par sa présentation et son format, il rappelle ceux qui ont fait la gloire de cette maison pendant la guerre d’Algérie et qui ont attiré aussi sur elle la répression, ainsi La Question d’Henri Alleg. Personne ne saisira le livre de Mahmoud Darwich, mais les polémiques que risque de susciter ce livre seront peut-être plus violentes encore, à moins que le silence n’étouffe cette voix. (...)
L’immense intérêt que suscite ce petit livre est qu’il nous expose par la voix de trois Israéliens, ce que furent les réactions israéliennes.
S’agissait-il d’un appel pour mettre les Juifs à la mer ? C’est ainsi que le texte fut reçu en Israël et fit scandale, y compris chez des intellectuels de gauche, partisans du dialogue comme Amos Kenan. Mahmoud Darwich s’expliqua dans la presse israélienne. Il ne s’agissait pas de détruire Israël, mais de sommer les Israéliens d’évacuer les Territoires occupés et de permettre aux Palestiniens de se constituer un État. J’oserai dire pourtant que cette question est secondaire.
Le problème, bien posé par Ouri Avnéri, est celui des conditions mêmes du dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Il importe peu, aux yeux des Israéliens, que, eux-mêmes, dans quantité de textes, déclarent qu’Eretz Israël s’étend aux deux rives du Jourdain. Telle est, par exemple, la doctrine constante du parti de M. Shamir, le Hérouth. Comment admettraient-ils, dans ces conditions, que les Palestiniens puissent aussi avoir droit à une patrie, voire considérer que Jaffa, Nazareth et la Galilée, et même des terres tout à fait hébraïsées, fassent partie de cette patrie ?
Entre les uns et les autres, il y a à la foi symétrie et dissymétrie. Les deux camp revendiquent tout, mais les deux camps son inégaux. L’un possède tout, l’autre n’a que des pierres. Il est clair qu’il faut, en cette matière, faire la même distinction qu’opérait jadis Mgr Dupanloup au moment du Syllabus entre la “ thèse ” et “ L’hypothèse ”. En droit, les libertés modernes sont condamnées ; en fait, l’Église peut s’en accommoder, et s’en accommode même aujourd’hui fort bien. En droit, Israéliens et Palestiniens revendiquent l’ensemble de la Palestine ; en fait, il faudra bien, un jour, qu’ils se contentent d’un partage. Mais pour que l’hypothèse devienne réalité, il faut commencer par admettre que l’autre existe, avec ses revendications et sa violence, et que c’est lui qui est la victime originelle de la création de l’État d’Israël. C’est précisément cela que les Israéliens ne semblent pas encore, dans leur masse, décidés à admettre. Tel est l’enseignement amer de ce petit livre. »

Jean Gueyras (Le Monde, 12 juillet 1988)


Marmoud Darwich, le poète par qui le scandale est arrivé
 
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Il est temps que vous partiez
Et que vous vous fixiez où bon vous semble
Mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
Que vous mouriez où bon vous semble
Mais ne mourez pas parmi nous.
 
« Ces quelques vers incendiaires écrits par le célèbre poète palestinien Mahmoud Darwich, en conclusion d'un poème inspiré par la “ révolution des pierres ”, ont provoqué en Israël un vrai scandale politique. La droite a sauté sur l'occasion pour affirmer qu'il n'y avait pas de “ Palestinien modéré ” et des voix se sont élevées en Europe et aux États-Unis pour traiter Darwich de “ poète terroriste ”, de “ raciste anti-juif ”, voire de “ porte-parole des assassins ”. Du haut de la tribune de la Knesset, M. Shamir a dénoncé le “ poème stupide de ce poète douteux qui nous enjoint non seulement de quitter tous le pays pour toujours, mais même d'emporter nos morts avec nous ”.
Plus grave encore pour le poète palestinien, ses propres amis parmi les intellectuels israéliens, pour la plupart des farouches partisans du dialogue avec l'O.L.P, ont rejoint le premier ministre israélien pour stigmatiser le poème provocateur de Mahmoud Darwich. Amos Kenan, l'interlocuteur privilégié et ami personnel du poète, est allé même, dans une “ réponse à Mahmoud Darwich ”, jusqu'à affirmer que “ les milliers d'israéliens qui commençaient à se demander si le temps n'était pas venu de te parler, vont peut-être dire maintenant qu'ils ne peuvent te parler qu'à travers le canon d'un fusil ”.
Pour Jérôme Lindon, le directeur des Éditions de Minuit, qui vient de publier un recueil de textes écrits sur cette affaire par le poète et trois de ses amis juifs israéliens, cette “ réaction indignée ” fait partie d'une campagne qui “ met surtout en cause la liberté pour les Palestiniens de revendiquer la Palestine pour patrie ”. Dans ces textes et au cours de déclarations qu'il a faites par la suite au Monde, Mahmoud Darwich abonde dans le même sens. Pour lui, les écrivains libéraux (israéliens) si épris de paix “ ont versé des larmes de crocodile lorsqu'il ont découvert que les Palestiniens persistaient à croire que la Palestine était leur patrie ”. “ Vingt ou quarante ans passés, souligne-t-il, ne suffisent pas pour que les Palestiniens oublient leurs racines enfouies dans la terre de leur pays. ”
Mahmoud Darwich met au défi quiconque de trouver dans son poème une invitation “ à jeter les juifs à le mer ”. “ J'ai tout simplement, dit-il, demandé qu'ils se retirent de nos territoires occupés, comme beaucoup de juifs l'ont demandé avant moi. ” Pour qu'il n'y ait pas de doutes à ce sujet, il précise : “ J'ai déjà expliqué que ce poème a été écrit dans des conditions bien particulières. Je veux parler de l'Intifada. Tout le monde sait que ce mouvement a pour théâtre les territoires occupés, c'est-à-dire Gaza et la Cisjordanie, des régions occupées depuis 1967. 
Il s'étonne que les “ colombes ” d'Israël aient participé à une campagne dont l'objectif pour lui est de justifier l'occupation “ au moment même où le peuple israélien, tiré d'un long sommeil par Intifada, commençait à se rendre compte qu'il n'existait pas en Palestine une « bonne occupation » acceptée par les Palestiniens ”. “ On a voulu en s'en prenant à un poème essentiellement dirigé contre l'occupation, accréditer la thèse selon laquelle les Palestiniens ne méritent pas l'indépendance, car ils veulent jeter les juifs à la mer. ”
Lorsqu'on lui demande s'il n'a pas facilité la tâche de ses détracteurs en utilisant un langage volontairement ambigu et provocateur, il répond : “ Qu'est-ce qui est plus provocateur, l'occupation ou un poème qui condamne l'occupation ? ” Son poème ne donne-t-il pas l'impression qu'il demande le départ de tous les juifs de l'ensemble de la Palestine ?
“ Je suis avant tout un poète, bien que je fasse partie depuis un an du conseil exécutif de l’O.L.P. Et ce n'est pas à moi en tant que poète de définir l'étendue et les modalités du retrait des Israéliens des territoires occupés. Ceci est du ressort du discours politique. Dans ce domaine, mes positions sont bien connues et peuvent se résumer ainsi : retrait total des territoires palestiniens occupés depuis 1967, reconnaissance du droit du peuple palestinien à l'autodétermination et édification d'un État palestinien sur la terre palestinienne libérée. ”
Mahmoud Darwich déplore à ce propos que l'Israélien ait tendance à vouloir dicter au Palestinien la langue et les intentions qui doivent être les siennes. “ L'alibi des Israéliens que constitue leur lutte pour la survie, dit-il, exige en permanence que l'autre soit un sauvage et renonce à son être en même temps qu'à sa cause, qu'il affirme que son pays n'est pas le sien. ” “ Il faut qu'ils comprennent, ajoute-t-il, que c'est moi la victime et eux les bourreaux et que tout ce qui se fait dans la voie d'une solution pacifique représente une concession palestinienne et non israélienne. Ceux qui ont besoin d'être reconnus sont ceux-là même qui sont opprimés et vivent dans la persécution et le drame. Israël est un État qui existe depuis quarante ans. C'est l'État le plus puissant militairement du Proche-Orient. Ce sont eux qui sont les plus forts, alors que l'État palestinien n'existe pas encore. C'est à eux de nous assurer la sécurité et non le contraire. ”
Mahmoud Darwich se montre particulièrement amer à l'égard d'Amos Kenan et de ses amis, lesquels, dit-il, sont tombés dans le piège tendu par M. Shamir et se sont alignés derrière lui “ pour détruire mon image de Palestinien pacifique et d'homme de culture ”. Il admet cependant que ces derniers poursuivent le dialogue avec les Palestiniens de l'intérieur, avec lesquels ils viennent de signer un texte demandant l'évacuation des territoires occupés et l'édification d'un État palestinien. “ Mais moi personnellement, ajoute-t-il, je ne peux continuer le dialogue avec eux que dans de nouvelles conditions. Ils doivent au préalable s'excuser de ce qu'ils ont fait à mon égard et réhabiliter mon image d'homme de paix et de culture qu'ils ont traînée dans la boue. ”»

En savoir plus...

Samuel Beckett,
Fin de partie

Alain Robbet-Grillet,
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Critique 651-52 : Alain Robbe-Grillet
Claude Simon
La Route des Flandres
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Le 9 septembre 2010
Yves Ravey, Enlèvement avec rançon
Philosophie n° 107

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Bernard-Marie Koltès, Une part de ma vie Entretiens 1983-1989

Le 23 septembre 2010
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Le 7 octobre
Eugène Savitzkaya, Marin mon cœur

Le 14 octobre
Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d'auteur ?
Pierre Bayard, L’Affaire du chien des Baskerville
Georges Didi-Huberman, Remontages du temps subi - LŒil de l'histoire 2
Critique n° 761

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