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Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Poésie
Double vie

Gottfried Benn
Double vie
Traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte
Précédé de « En relisant Double vie » par Jean-Michel Palmier

1954
232 pages
Pas disponible.
ISBN : 2.7073.0600.2
EAN13 : 9782707306005

Nouvelle édition, 1981.

Gottfried Benn (1886-1956), le plus grand poète de l'expressionnisme allemand, gagnait sa vie comme dermatologue à Berlin. Au moment où tant d"autres se dressèrent contre le régime nazi, Gottfried Benn choisit, lui, " la manière aristocratique d’émigrer ” en se faisant affecter au service armé.
Double vie, consacré tout autant à l’œuvre poétique de premier plan qu’à l’itinéraire politique scabreux, dresse en fait le portrait d’un de ces grands intellectuels allemands dont la génération a précédé celle des écrivains engagés de l’après-guerre. Jean-Michel Palmier souligne “ son parfum d’apocalypse et de destruction, de rêve et d’émotion ”.

‑‑‑‑ Extrait de la préface ‑‑‑‑‑‑

En relisant Double vie
 
(…) Le courant auquel on rattache Benn, l’expressionnisme allemand, nous apparaît désormais comme l’une des explosions artistiques les plus riches du début du siècle. À travers les expositions, les ouvrages qui lui ont été consacrés, il est, sinon connu, du moins nullement ignoré. Par ailleurs, Double vie est plus qu’une simple autobiographie. Le lecteur n’y trouvera pas une description chronologique de la vie de Benn mais deux portraits historiques à travers lesquels il tente de saisir sa propre image. Elle constitue un enrichissement incontestable pour celui qui tente de se frayer un chemin dans l’univers de ses poèmes, car on y trouve exprimé la trame concrète de sa poésie, sa vision philosophique et esthétique. Enfin l’aspect politique n’est pas moins important. La première autobiographie « Curriculum d’un intellectualiste », fut écrite au début de l’époque hitlérienne, en 1934. On y trouve l’évocation de la trajectoire de Benn, le récit de son enfance, de son éducation comme fils de pasteur, dans ces terres pauvres, au-delà de l’Oder, sa rencontre avec la guerre de 1914 et le climat de nihilisme qui l’accompagne. La seconde, qui donne son titre au volume, est plus spécialement consacrée à son attitude sous le IIIe Reich et constitue sans aucun doute une tentative d’auto-justification. Elles furent nombreuses à l’époque. Rares sont les écrivains demeurés en Allemagne sous Hitler qui ne tenteront pas d’apparaître après la guerre et surtout dans le climat de guerre froide et d’anticommunisme des années 50, non seulement comme des « émigrés de l’intérieur », mais aussi comme les véritables opposants au nazisme. Face aux « émigrés de l’extérieur », ceux qui avaient quitté l’Allemagne, dont les livres avaient été brûlés dans les autodafés moyennageux du 10 mai 1933, qui avaient combattu le fascisme en exil, ils se voulaient les seuls « bons émigrés » : eux au moins n’avaient pas abandonné leur patrie dans les pires moments, assisté à l’effondrement du Reich des balcons des armées étrangères, vu les bombardements de Dresde et de Hambourg au cinéma. La célèbre polémique qui mit aux prises Thomas Mann, Walter von Mollo, Frank Thiess au sujet de cette prétendue « émigration intérieure » ne prend tout son sens qu’à la lumière de l’autobiographie de Gottfried Benn. Sans nier la réalité des faits, ses responsabilités, comme le feront certains écrivains demeurés en Allemagne qui firent partie des organisations culturelles national-socialistes, sans revendiquer le cynisme du Questionnaire d’Ernst von Salomon qui attendit la fin du nazisme comme on attend la fin de l’hiver, en prenant le moins de risques possibles, Benn tente de justifier son égarement, sa naïveté. Nombre de passages de son récit sont lacunaires et peu convaincants. Pourtant, c’est en cela même qu’il nous intéresse, car, à travers Benn, ce qui se dessine, c’est un certain portrait de l’intellectuel allemand du début du siècle, du rapport ambigu qu’il entretint avec l’histoire et la politique (…).
Jean-Michel Palmier

‑‑‑‑‑Table des matières ‑‑‑‑‑

Première partie : Curriculum d’un Intellectualiste (1934)
I. L’hérédité - II. Ses manifestation – III. Les problèmes – IV. La nouvelle jeunesse – V. La leçon

Deuxième partie : Double vie (1950)
I. Ombres du passé – II. La lyre et l’épée – III. Intermède lyrique – IV. Bloc II. N°66 (1944) – V. Littératures – VI. Avenir et présent – VII. Encore quelques détails personnels – Épilogue

 

La revue de presse

Roland Jaccard (Le Monde, 15 janvier 1982)

La double vie de Gottfried Benn.
 
« En 1954 parait aux Éditions de Minuit, traduit par Alexandre Vialatte, Double Vie, de Gottfried Benn. Deux ans plus tard, ce dernier meurt. La critique oscille alors à son égard entre deux positions contradictoires : l'admiration pour le poète expressionniste, l'auteur de Morgue et autres poèmes, qui a incarné, au même titre que Hölderlin, que Trakl ou que Celan une étape décisive de la langue allemande, et le rejet. Gottfried Benn est, en effet, accusé d'avoir sinon collaboré avec les nazis, du moins de s'être accommodé de leur pouvoir.
Dans Double Vie, aujourd'hui réédité aux Éditions de Minuit avec une préface inédite de Jean-Michel Palmier, Gottfried Benn se justifie en expliquant qu'il choisit “ la manière aristocratique d'émigrer ” en se faisant affecter comme médecin – il était dermatologue – au service de l'armée. Dans cette autobiographie d'une rare honnêteté, dont Jean-Michel Palmier évoque le “ parfum d'apocalypse et de destruction, de rêve et d'émotion ”, Benn tente de capter son image à travers son rapport à l'art, l'art qui seul justifie l'univers. »

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Le 9 septembre 2010
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